“Souvenez-vous qu’on a la calomnie qui vaut beaucoup mieux pour tuer les gens, et c’est par elle qu’on me fera périr”
____ Hortense Dufour auteure de
“Marie-Antoinette, la mal-aimée”
Terminé aux petites heures ce matin, de ce livre je suis encore imprégnée. Il y a tellement à découvrir sur cette reine que je trouvais un peu mystérieuse et dont j’avais l’envie de connaître davantage.
Maintenant que j’en ai découvert l’essence, je dirais qu’elle était une abeille insouciante et plus insouciante qu’abeille en fait, puisque la vie, du moins jusqu’à l’aube de sa trentaine, l’a gâtée au point de l’amener à sa perte. Les efforts sont venus plus tard, possiblement trop tard après avoir dilapidé la fortune de la France en robes, bijoux, fantaisies de toutes sortes. ..
Marie-Antoinette d’Autriche arrive à la cour de France pour y épouser Louis XVI, l’homme qui vit dans l’ombre d’un grand-père coloré mais respecté. Il est dauphin et ne s’en plaint.
A peine sortie de l’enfance, tout juste une adolescente, il fait la connaissance de la belle et désirable Marie-Antoinette. Pleine d’énergie, douce, elle lui semble une bonne prospect pour régner, mais ce ne sera pas suffisant pour conquérir cet introverti de Louis qui lui fera vivre la solitude, le désenchantement. Combien de fois d’ailleurs devra-t-elle dormir seule, se sentant abandonnée par ce mari taciturne qui ne lui sourit jamais. Des années mais en fait des siècles cela lui semblera…
Son âme en deviendra mutilée. Elle en vient qu’à n’avoir qu’un petit chien pour moments de tendresse. C’est ici que l’on voit pour l’une des toutes premières fois se dessiner la détermination et le courage de cette femme en devenir. Elle va tenter de conquérir le dauphin de toutes ses forces de jeune femme. Et le grand-père de Louis va être le premier à le déceler, à lui faire confiance, à presque l’aimer pour cela, voire même par moment la désirer… lui qui en a initié quelques-unes aux jeux de l’amour.
A cette époque de sa vie, on ressent combien il a dû être difficile pour cette toute jeune fille d’être remise en cadeau reproducteur à un futur roi. Ici, point de romance, vous avez été choisie, l’heureuse élue disent-ils … Votre vente est une fonction d’état, un objet, sans plus.
On découvre aussi dans ce bout d’histoire la crasse humaine qui est ensevelie sous le patchouli et l’encens… quelle atmosphère humide et nauséabonde on s’image, nous, civilisés de l’ère moderne ! Le savon se fait rare… Aucun de ces personnages d’époque n’auraient pu s’imaginer notre temps et ses facilités alors qu’eux mourraient bien jeunes emportés par les microbes et la malpropreté.
La France est pauvre, mal nourrie, on raconte même que les restes de la table royale sont vendus et que tout Versailles s’en nourrit sans scrupule. Vous vous imaginez acheter les restes du président de votre pays pour vous nourrir vous et votre famille ? L’aide sociale par l’État n’existe pas, la vie se veut à la dure pour les moins bien nantis. Le pain est la permission de vivre écrit Hortense Dufour dans un des passages de son roman.
Marie-Antoinette, dauphine et non encore reine, ne se doute même pas de la difficulté de ce peuple à trouver de quoi manger. tous les matins dès l’aurore les cuisiniers du roi s’affairent à lui concocter sa brioche. Est-ce l’ennui qui a fait qu’elle est tombée si profondément dans la dépense à outrance ? Elle va même jusqu’à cacher à son époux, le roi, ses arrangements avec les bijoutiers. Que pense le peuple de toutes ces extravagances ? On la voit partout avec des toilettes de plus en plus coûteuses, des plumes, des bijoux, qui lui voudront d’être soupçonnée de vol avec l’histoire du fameux collier …
Elle aurait dû savoir que rien n’est plus rigoureux que le peuple qui s’attend à ce que ses souverains lui servent d’exemple. Son dédain et son refus de s’apitoyer tranquillement s’installe dans la mémoire du citoyen qui va un jour lui faire violence d’une telle répugnance, des citoyens qui deviendront frustrés tout le long du règne de la malencontreuse enfant-reine… Un cerrtain Desnoyers ira jusqu’à dire : “Une reine qui n’est couronnée que pour se divertir, est une funeste acquisition pour les peuples chargés de la défrayer”. C’est que Marie-Antoinette n’a pas d’enfant à donner à la cour et ce depuis des années. Quand se mettra-t-elle à la tâche ? Et si elle ne peut satisfaire le roi, qu’elle s’en aille !
Même sa mère, doutera qu’elle puisse un jour devenir femme…et elle s’inquiètera pour elle jusqu’à sa mort, pleurant sur le sort qui possiblement attend sa fille que son frère a surnommée la “tête de vent” ! Car l’enfance elle quittera mais la légèreté… Marie-Thérèse D’Autriche devra en faire son deuil, sa fille ne lui servira à rien pour faire la paix avec la France ou négocier quoi que ce soit. Enfin, quand même, c’est pour cela qu’elle l’a envoyée en France ! Vers la fin de sa vie, Marie-Antoinette aura des remords de ne pas avoir été la princesse que sa mère eût souhaité.
Le jeune Louis XVI,de son côté, est partagé et surtout traumatisé devant cette femme-enfant avec laquelle il ne sait que faire. La vie sexuelle le répugne car il n’en connaît rien et ne sait pas comment se comporter. Il restera prostré dans cette peur pendant des années, demandera conseils, rencontrera des médecins, il veut la désirer, lui faire un enfant, mais il a un blocage terrible qui lui noue, il faut bien le dire, la ceinture et le coeur.
Devant la solitude contraignante que lui fait vivre son époux, elle se sentira attirée vers le beau et célibataire Suédois, Fersen. Ce sera réciproque. Débutera alors la seule romance véritable de sa vie. Car cette fois, elle sait ce qu’est désirer et l’être en retour. Malgré cet amour parallèle, jamais elle ne perdra sa vocation. Elle est venue d’Autriche pour être la femme de Louis XVI et elle le restera avec les hauts et les bas que cela comporte. Et elle finira par s’attacher au roi quand il sortira de son mutisme et l’aimera. Mais jamais ils ne connaitront la passion, mais davantage un amour tendre, respectueux, qui fera en sorte de les solidifier quand le malheur de la Révolution arrivera.
Plus tard, bien des années plus tard, lorsqu’elle s’intéressera enfin un peu aux affaires du royaume et de son époux, on lui demander quels diplômes elle a pour se mêler ainsi des affaires de l’État. Croit-elle vraiment que son opinion compte ? Elle a malheureusement trop montré son côté arrogant, sa tête d’enfant, ses fêtes à ne plus finir, ses dépenses outrancières… on a pas confiance en elle et son jugement.
On ne peut passer sous silence aussi l’entourage de Marie-Antoinette. Gens de la cour qui vont lui vider les poches, la trahir, la brimer dans l’argent comme dans l’honneur. Des gens auprès desquels elle se sent aimée… en qui elle accorde sa confiance sans compter… La Bertin, sa couturière, s’enrichira fortement en lui faisant payer parfois même jusqu’à trois fois le prix d’une robe qui peut même jamais n’avoir existé ! Elle facture encore et encore, la couturière, et la reine signe et paie sans sourciller. Sa cassette d’argent se vide aussi rapidement que ses faux amis s’enrichissent. Marie-Antoinette finira par ne pas être dupe de ses défauts mais elle fermera les yeux. Elle a tant besoin de son entourage, que ferait-elle sans eux, ils comblent le vide… Et Louis ne lui reproche rien, il ne supporte pas les scènes et préfère de beaucoup acheter la paix même au gros prix… Ça finira par lui coûter la vie… ce qu’il ne réalisera pas car pour lui, il est coupable… il se juge pour avoir fait venir cet enfant en France et ne pas lui avoir donné un destin qu’elle méritait …
Les années finiront par avoir gain de cause et elle donnera naissance à des enfants dont deux survivront à cette dure époque de famine et de maladies. On la découvre alors comme une excellente mère. Elle devient responsable avec ses enfants, leur transmettra une excellente éducation. Les deux derniers le “dauphin” et “Mme Royale” vivront l’horreur, la grande Terreur… A la fin du livre, on pense beaucoup à eux. Leurs destins sont liés à celui de leurs parents. On ne choisit pas sa famille pourtant…
Quand arrivera la Révolution, et que la Noirceur grondera, Marie-Antoinette vivra une immense prise de conscience de son impopularité. Quelques fidèles resteront auprès d’elle et du roi dont Mme de Lamballe qui connaîtra une mort très violente. Depuis des années les gens du peuple et des coulisses de Versailles racontent des ragots sur la reine qu’ils détestent. Des médisances vont aller loin, très loin, et les citoyens ont la mémoire durablement ancrée dans les têtes… La reine a maintenant, entre autres, quatre ennemis redoutables : l’impôt, la banqueroute, l’armée et l’hiver. Mais le plus grand d’entre tous sera la calomnie qui l’emportera sur sa vie. Son règne tranquillement laissera la place à la finale de sa vie, et nous sommes devant une reine déchue, qui vivra dans l’ombre derrière des barreaux dans l’attente certains jours de la délivrance et, plus le temps passe, en attente de la fin.
Bien difficile de vous faire un bref résumé d’un livre de 800 pages aussi rempli d’histoires et de faits royaux. Je vous laisse découvrir le tout par vous-même …
Ana qui repart au pays du prochain livre …
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