Arrivé comme cela, du bout du monde. Entré dans ma vie, ma toute petite vie, celle que j’ai bâtie en un demi-siècle d’histoire et vouloir en réclamer tous les droits. Mais qui es-tu toi que l’on nomme le coronavirus ? D’où viens-tu toi le numéro 19 ? Pourquoi as-tu envahi nos terres, nos chaumières, nos cellules humaines ?
Je ne te vois pas, mais je te sens. Je te sais là. Dans mes pensées anxieuses, dans mes ramifications humaines, dans mes nuits profondes, dans tout ce que je touche, dans tout ce que je vois, je sais que tu m’espionnes. Tapi, dans un coin ou dans l’autre, attendant patiemment que je te touche. Tentant de m’atteindre, de te coller à moi pour ne plus en ressortir jamais.
Même dehors, au grand air, tu tentes de m’attirer à toi. Je ne peux plus toucher à rien ni personne. Tu es partout, tu m’entoures et tu sais, même en ayant la certitude que tu n’es pas sur moi, je me sens tout de même atteinte. Tu vis dans mon esprit et c’est bien aussi pire que sur ma peau.
Dans le regard de mes proches, je te vois. Quand j’ouvre ma télé, tu es là. Quand je parle avec mes clients je vois tes ravages, quand je vais à l’épicerie, je ressens ta présence, je ne peux me débarrasser de toi vraiment, sauf quand je décide que j’en ai assez et que je vais me cacher dans le fond de mon être, au plus profond de moi. Mais même là, je ne peux avoir la certitude que tu n’y es pas. Salaud, va !
Comment as-tu pu arriver à nous ? Tu as réussi à traverser toutes les frontières, les océans, le ciel, la mer… à endormir les plus méfiants. Tu as du cran, on doit te donner ça. Que veux-tu ? Qu’as-tu à nous apprendre ? Tant de questions que tu suscites en moi, en nous. Peut-être resteras-tu dans mon intérieur à jamais ? En fait, j’en ai la réelle certitude. Aussi vrai que le 11 septembre est toujours là dans ma mémoire et que dans mes moments de sensibilité, il peut encore me traverser l’âme et la conscience.
Tu sais avec toi ce qu’il y a de plus frustrant c’est que j’ai une nette impression de culpabilité. Est-ce à cause de moi, humain, que tu as réussi à vivre ? Pourrais-tu être l’objet de ma création ? Et si c’est le cas, comment ais-je pu te laisser naître ? Et là, entre toi et moi, tu peux être fier de toi parce que ça, je ne me le pardonne pas vraiment. J’ai failli à ma responsabilité terrestre. Comme si avec toi, nous terriens, avons couru à notre perte, ou la ressentir d’assez près pour atteindre un point de bascule. Je me le souhaite ce point de non retour. Une fois dans une vie ce sera suffisant comme rencontre avec toi.
Je ne sais pas combien de temps tu vas jouer comme cela avec ma vie, avec mes nerfs, avec moi, mes proches et tous les autres. N’y a-t-il pas une autre planète sur laquelle tu pourrais étendre tes tentacules ? Tu n’es pas si vilain à regarder, je suis certaine que Mars ou Vénus t’adopteraient. Je te paie le billet avec plaisir, allez, va … t’en.
Tu es un ennemi comme jamais vu. Ni cris, ni armes, ni lois ne peuvent t’anéantir. Tout ce que l’on peut faire pour te détrôner est de te laisser mourir à petit feu en regardant par la fenêtre que la pluie et le soleil du printemps passent ainsi que nos amis, parents qui ne te survivront pas. Patienter, se résilier à te voir étouffer, car c’est ce qui t’attend, sans tissu humain pour te nourrir, tu mourras. C’est grisant, crois-moi, quand j’y pense j’ai en tête des images pas très sympa de ta souffrance future…
Il y a tout de même une chose dont je dois te faire part, dans la majorité des humains, il y a une volonté à se relever, à chercher à comprendre, à combattre, à créer, à se renouveler. Et à cause de ça, l’espoir me gagne, jour après jour. J’ai confiance en mes congénères et moi-même, petits êtres d’exception sur cette planète que nous sommes. Pas toujours droits, pas toujours les meilleurs, mais tellement tenaces face à l’adversité. Nous sommes les bêtes les plus combatives que tu ne rencontreras jamais. Alors, prépare-toi, parce qu’on ne pliera pas l’échine comme ça en te la donnant facile.
Nous avons traversé des tempêtes, bien des guerres, conquis des peuples remplis de haine, des vents et marées, des mercenaires qui voulaient comme toi nous détruire. Nous avons relevé des milliers de défis, combattu des maladies, fabriqué des fusées et nous avons atteint l’espace. Oui, je sais, tu as une gigantesque armée de toi-même un peu partout sur cette planète mais nous aussi et même au-delà de notre atmosphère. Qui de toi ou de nous saura conquérir l’autre ? Je suis patiente COVID et mes amis terrestres aussi. Prépare-toi au plus grand des combats.
J’ai confiance en cette planète qui pendant que ses filles et fils se sont mis en pause est à se régénérer, à s’oxygéner, pendant que toi, tu tentes de nous étouffer en nous volant notre dernier souffle. Vous êtes tellement à l’opposé la terre et toi Elle me donne de l’air pour respirer, toi tu tentes de me la voler. Quel voyou tu es.
J’ai confiance en moi, en mes frères et soeurs terrestres, en l’humanité dans laquelle j’ai la chance de vivre. Tu me trouves idéaliste ? Sûrement un peu, mais juste assez pour ne pas me laisser détruire par toi. Le rêve, l’espoir, la croyance, la volonté de voir au-delà, c’est ce qui fait qu’un être traverse les épreuves et peut atteindre l’équilibre entre la folie et la raison.
Un jour, tu sais, tu ne nous échappera pas. Profite donc de cette montée où tu es roi. Un jour, pas si lointain, on te débusquera, on te décortiquera et on t’anéantira. Ce jour-là, il fera beau, tout le monde dansera et regardera redescendre ta courbe, alors que tu plieras l’échine et que tu t’écrouleras devant nous. Ainsi va la vie sur cette terre COVID, c’est chacun son tour. Ne vois-tu pas la danse ? Danse, COVID, danse, jusqu’à ce que ta musique et tes notes virales s’éteignent…
Amen,
Anathyna,
COPYRIGHT – DROIT D’AUTEUR 2020 – Nathalie Arseneault – tous droits réservés, pour tous pays.

Vos idées m’intéressent ! Laissez-moi un message :o)