J’ai appris à vivre avec toi, pas forcément par choix tous les jours ou toutes les heures, mais comme tu t’es pas mal imposé à moi, je fais avec, comme bien d’autres autour de moi.
Étrangement, tu fais partie de ce qui m’entoure mais tu es aussi celui qui m’en sépare. Il y a entre moi et les autres, toi cher ami, qui représente à présent une espèce de frontière malsaine m’empêchant par moment de vivre ma vie telle que je l’aime.
Depuis que je suis née que tu es là, partout où je vais, tu es inévitable et tu le seras jusqu’à ma mort. En fait, personne ne peut vraiment s’échapper à toi que ce soit à un moment ou à un autre, tu apparais tel un éclat dans un sac de maïs éclaté. Que ce soit dans la maison, en marchant, en volant dans un avion, tu es toujours présent. Je crois sincèrement que tu confortes les humains bien plus qu’ils ne s’en rendent eux-mêmes compte.
Tu es à certains égards aussi un protecteur, celui qui permet à toute mon intimité de rester mienne si je le désire. Le voyeur de mes jours et de mes nuits, mais non, pas de mes pensées. Quand même .. celui qui pourrait raconter mes moments de vie du moins ceux apparents. Car je peux te déjouer dans ta curiosité que ce soit en échangeant sur un clavier ou en prenant une pause de réflexion dans ma tête.
Toutefois, à la maison, tu vois pas mal ce que je fais, je ne peux pas me cacher de toi, tu es très exclusif mais me permet à l’occasion de te partager avec d’autres, quelle générosité… Tu as quand même l’ouverture de me permettre de m’asseoir sur le bord d’une fenêtre ou de regarder au-dehors ce qui se passe et voire même de discuter avec un voisin… de loin. Mais dépassé une certaine heure, dehors, il ne se passe plus rien. Et nous entrons dans les heures où tu me retiens prisonnière.
Depuis quelques mois, tu as pris un sens plus pervers dans mon imaginaire. Avant, quand j’en avais assez de toi, je pouvais aller et venir à ma guise et t’abandonner comme de vieilles chaussettes sur le parquet. Je ne peux plus m’échapper, il n’y a pas d’options possibles. J’ai reçu l’ordre de rester là bien tranquille avec toi.
Le printemps s’installe, la neige fond grâce au soleil qui brille de tous ses feux, je ne sais pas encore combien de temps tu pourras me retenir ainsi en brimant mes envies de liberté. La lumière s’installe de longues heures, avec elle l’envie de grands espaces, de prise de contacts avec mes proches, de rencontrer des étrangers, de découvrir de nouveaux territoires, de partir à la chasse à l’exploration, alouette, la vie comporte tant de possibilités.
Ce n’est pas que je te repousse, tu le sais bien. En hiver, te retrouver est tellement bon quand au réveil la maisonnée tranquillement se réchauffe … je me sens alors, je sais, nous sommes aux antipodes de ce que je viens de te dire, protégée par toi, en sécurité, en paix dans mon nid. Tu peux être si réconfortant, si enveloppant que je ne pourrais pas me passer de toi en fait peu importe dans quel univers je suis de toute façon tu seras toujours là, aussi bien faire avec toi n’est-ce pas.
Le seul moyen de ne pas être dans ton giron serait de vivre dans une forêt et même là, je réussirais à te recréer car la nuit, je voudrais que tu me protèges du froid, des prédateurs, des étrangers… on n’en sort pas. Tu as donc deux rôles bien distincts, nous en convenons du moins aujourd’hui, celui de geôlier et celui de protecteur. N’est-ce pas un peu pervers de te définir ainsi mais c’est un peu ce que tu es devenu sans le vouloir puisque c’est l’humain qui t’a créé.
Cher mur, je te souhaite de retrouver ta fonction de protecteur très bientôt. Cela voudra dire que la pandémie mondiale dans laquelle nous sommes tous plongés sur cette planète sera derrière nous. Avec elle, tu connais ton heure d’impopularité, on ne te désire plus, en fait, on voudrait plutôt s’évader de toi. Tu es devenu celui qui nous retient d’aller au bureau, de sortir le soir, d’entrer dans un restaurant et de voler vers des cieux en dépassant les frontières.
Ta mission n’est plus la même, tu fais office de gardien d’une prison imaginaire que nous devons tous actuellement habiter pour se protéger les uns des autres. Vivement que tu redeviennes uniquement que mon protecteur, celui qui me fait du bien lorsque je rentre à la maison, celui qui protèges mon histoire, qui me garde au chaud et qui m’apporte du répit quand l’extérieur me pèse ou me fait peur.
Je nous souhaite de nous retrouver dans cette belle chimie qui habituellement nous unit toi et moi. Et pour ma part, je me souhaite de pouvoir pédaler dehors après 20 heures, de recevoir un tas d’amis sur ma terrasse en s’embrassant sur la joue plutôt que seulement du regard. Je me souhaite une vie libre, sans virus meurtrier, avec en toile de fond, une humanité retrouvée.
Amen,
Anathyna
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