Que c’est bon de te sentir là, dans mon lit, tous les soirs, tel un ami réconfortant, toi, grande divinité dont la majorité des humains apprécient l’apparition.
Je te confie chaque jour ce que j’ai de plus précieux, mon esprit. La sève qui transite dans tout mon être et qui lui permet de réaliser toutes choses de façon unique. Tu sais, partager ma couche est un privilège, une action que je réserve qu’aux invités d’honneur dont tu fais partie.
Tu t’ennuies de moi certains jours, je sais. Je suis bien délinquante avec toi, j’arrive en retard à nos rendez-vous. J’ai tellement peur de manquer une milliseconde de ma vie. Je suis comme cela depuis ma naissance et nous avons donc toi et moi négocié tes heures de travail de telle sorte que tu puisses me ramener à l’ordre quand il se doit.
Tu m’accompagnes au plus profond de moi, dans mes pensées claires ou obscures et tu agis en protecteur de mes songes, de mes rêves. Tu peux même être prophétique et m’aider à trouver une réponse que je n’attendais plus. Tel un mentor, tu éclaires ma pensée et je vois pointer le jour avec dynamisme.
Comme le papillon tu peux t’envoler autour de moi. Tu as des ailes te permettant de t’élancer rapidement et d’attraper les particules de mon esprit, cette partie d’âme qui part à la dérive la nuit pour aller à la chasse aux images. Mon cerveau se repose, je flotte, je joue avec toi jeune homme paisible et je n’ai aucune crainte de m’abandonner à toi.
Nous avons aussi nos nuits mouvementées où je résiste à ta présence, où je ne veux pas me brancher à ton univers. Mais coquin comme tu es, tu me fais voir l’exercice de méditation, le livre qui apaise, le cahier de notes qui vide ma tête et me voilà qui tranquillement se glisse de nouveau vers toi. Tu sais comment déjouer les travers de mon esprit.
Parmi les oreillers, mon corps tourne, ma respiration est profonde, au-dehors il n’y a pas homme qui bouge et toi tu veilles, bien tranquillement, toutes celles et ceux qui t’appellent pour protéger leur nuit. Tel un gardien de couche, tu attends patiemment que l’aube revienne et avec elle, l’entrée vers le réveil qui sonne la cloche de ton départ.
Selon les ancêtres qui t’ont vu naître, tu es celui de ta fratrie divine qui peut prendre une apparence pratiquement humaine. C’est pour cela que ton nom se traduit du grec au français par « forme ». Un enfant dont l’imaginaire se déploie intensément peut très bien passer la nuit avec toi et te voir sans ressentir aucune crainte. Je fus cette enfant fragile qui la nuit avait besoin de ta présence pour s’abandonner à la noirceur du temps.
Cher Morphée, du plus loin que je me souvienne, tu es l’un de mes plus grands protecteurs. M’abandonner à toi est un plaisir car je sais que tu m’aideras à passer le pont qui me mène vers un nouveau jour rempli de promesses, de plaisirs et de défis à relever.
Grande divinité grecque, reçoit ce matin tout le respect que tu mérites.
Amen.
©2021 Nathalie Arseneault – Droits réservés pour tous les pays

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