Je suis une enfant du monde devenue femme. Tantôt gamine, tantôt adulte, tantôt princesse des mers.
Je suis devenue capitaine de mon navire, un beau grand bateau rempli de mes plus fortes émotions et de mes plus grands rêves.
Cette année, j’ai parcouru des eaux troubles, j’ai aperçu des montagnes et des rivages au loin.
Je me suis laissé tenté par une berge parfois par une autre, sans jamais amarrer mon navire.
Au gré du vent, j’ai avancé, sans trop savoir où j’allais accoster.
Aucun quai ne réussissait à me tenter assez pour que j’y tire du plaisir.
Et puis un jour, sans trop crier gare, mon navire s’est perdu en mer.
Je me suis retrouvé sur une ile, où pendant quelques temps, je me suis ancrée.
C’était nouveau, inhabituel, comme dans une bulle.
Il faisait bon, je me sentais en sécurité. Loin de tout, entourée d’arbres, de végétation,
je laissais la vie me peindre un décor qui m’apparaissait serein.
Sur cette île, j’ai rencontré un marin, un grand homme aux yeux petits et coquins qui me regardait d’un air mystérieux.
Je voyais dans son regard de l’envie, du désir. Et je percevais dans ses paroles, de la gentillesse, de la tendresse.
Au fil des jours, sa présence devenait une dose de bonheur quotidienne.
J’ai pris mon temps, étudié son environnement, j’ai profité de tous les instants que cette île enchantée me permettait de vivre.
J’étais si bien, ma tête reposant sur l’épaule de ce grand gaillard au cœur tendre.
Tous les jours mon nouvel ami me rappelait qu’il faudrait que je reprenne la mer.
Il m’aidait, disait-il, à m’y préparer, certain que cela était juste et bon pour moi.
Cela me rendait triste, je ne comprenais pas.
Pourquoi devais-je quitter un endroit où j’avais enfin trouvé la paix dans les bras d’un être avec lequel je connectais du corps et de l’esprit ?
Et puis un matin, j’ai compris que si je ne quittais pas cette île digne du paradis, je deviendrais esclave d’un amour non partagé, mon beau marin, n’étant en fait qu’un conquérant des princesses des mers qui ne voulait pas partager son île en permanence.
Après avoir capturé un cœur, il passait à la conquête d’un autre. Ainsi allait sa vie de missionnaire.
Sans lui laisser à peine le temps de me dire aurevoir, un soir d’été, bien maladroitement, le cœur triste et l’âme en peine, la tête remplie de doux souvenirs, je le quittai.
Il m’a fallu du courage pour tirer sur les cordages, sortir bras et jambes et bien les ancrer sur le pont. Je ne me suis pas retourné sachant que j’avais l’âme fragile et facile à manipuler.
La mer m’a ramenée à ma réalité. Je suis une princesse des mers. J’ai trouvé la force de poursuivre ma route, la mer m’ayant appris à dompter mon esprit et à chasser les nuages.
Le beau marin resta là, sans mots, planté là, sur le rivage, avec dans le regard quelque chose que je ne compris point sur le moment, étant trop occupée à me ressaisir.
J’ai presque cru qu’il allait me retenir tellement je voyais dans son visage de l’interrogation. Moi qui n’espérais rien, croyant qu’il attendait mon départ, je me demande encore aujourd’hui ce qu’il y avait dans son esprit ce jour-là.
Aujourd’hui, sur le pont, bien amarrée à mon port, je regarde les étoiles et je revois son visage au travers du ciel étoilé. Il me regarde droit dans les yeux et je baisse la tête tellement son énergie me submerge.
J’aimerais tellement reprendre la mer et m’accoster de nouveau sur son île. Lui toucher, le sentir, lui dire combien il me manque mais je suis une femme fière voulant être aimée non pas seulement désirée dans une brève aventure. Je cherche un cocapitaine, un roc qui n’aura pas peur de moi ni du futur.
Et je retiens ma main qui ne rêve que de partir le gouvernail…
Amen.
Image par Николай Оберемченко de Pixabay
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