PLEINEMENT MOI

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Dépassé 50 ans, l’équilibre n’est pas un frein. C’est une stratégie de vie.

Le long du sentier…

Sur la route, j’entends le bruit de mes pneus qui roulent dans la gadoue. Ils me renvoient une douce mélodie dans les oreilles. J’aime rouler en tentant d’éviter les trous d’eau, comme une enfant qui joue à la marelle, mon guidon suit les mouvements que je lui dicte.

J’entre dans un sentier bordé par des champs. Au loin le bruit de travailleurs. Nous sommes vendredi, dernier jour de la semaine. Tout le monde s’active pour terminer la semaine.

Et puis hop, je rejoint rapidement le chemin forestier qui longe le lac. Juste à coté de moi, d’un côté, des montagnes vertes, majestueuses qui bordent un lac bleu marin. Une toile de fond magique pour mes yeux d’exploratrice. Il y a 20 ans que je n’avais vu ce magnifique paysage. Retour aux sources.

J’entends le bruit de l’eau qui clapote du côté du sentier. Elle est omniprésente dans ce paysage qui d’un côté m’offre l’air marin et de l’autre les odeurs forestières.

Je roule, parfois rapidement et à d’autres moments, plus tranquillement, au gré de mes souliers à clips bien accrochés aux pédales de ma bécane. Je me laisse transporter par ce corps qui me sert de moteur pour me propulser encore et encore par en avant.

Il est bon de sentir les odeurs qu’a laissé la pluie qui est venue visiter la piste juste avant moi. Les nuages dans le ciel me rappellent qu’elle ne se tient pas très loin prête à se laisser choir encore. J’accélère ma vitesse histoire de quitter cette cellule orageuse.

Il fait frais, je n’ose pas enlever ma veste. Plus j’entre dans le sentier, plus je sens que ma température corporelle se rehausse. Ma cadence s’accélère et mon pouls augmente signe que je prends de la vitesse.

Mes chaussures attrapent ici et là quelques morceaux de gadoue, histoire de vivre elles aussi l’expérience de cette roulade à travers la forêt. Je me sens comme une enfant qui fait l’école buissonnière. Il est bon d’aller à son rythme, sans contrainte de temps.

Arrivée à une certaine distance, une rangée d’oies sauvages se retrouvent devant moi et qui de toute évidence n’ont pas envie de partager la traverse. Elles me crient des sons dans un langage bien à elles, un langage protectionniste. Je les contourne gentiment en me disant qu’elles ne seront plus là au retour.

Au fil de la route, je m’arrête ici et là pour prendre une photo, sentir une odeur, laisser mon regard s’étirer au loin. La solitude me fait du bien après quelques jours de longues converses avec mes proches. Je suis une équilibriste. Passer de la grande sociabilité à la solitude est un rythme que je connais bien.

Le long du trajet, il y a de longs moments de forêt solitaire avec aucune âme aux alentours. Si le temps s’arrêtait ici, je vivrais dans un éternel tunnel vert aux odeurs de feuilles et à la lumière tamisée. Je rêve tout à coup de partager mon antre avec un être cher.

De petits cailloux virevoltent sur mon passage, signe que je roule à une vitesse qui me permet de réchauffer mes muscles. Ainsi, je peux faire face au vent du large qui pour l’instant se tient loin de moi et berce le lac qui lui répond par des rangs de vagues.

J’aime cette route de gravier qui me mène droit devant et avec laquelle je me mets en mouvement. Elle, ma bécane et moi sommes en communion depuis des kilomètres maintenant. Un plaisir pour mes sens. Il n’y pas de mot qui ne puisse définir cela autre que les ressentis exprimés.

A l’heure du lunch, je lève les yeux au ciel pour apercevoir de grands nuages noirs, éléments de rappel pour la cycliste que je suis qu’il est nécessaire d’être prudente et de réfléchir aux kilomètres à parcourir pour le retour.

Je fais jasette quelques minutes avec un couple arrivée de l’Ile d’Orléans. Peu initiés à la vie cycliste, ils me font plaisir à voir dans leurs efforts pour s’acclimater au vent et aux cailloux sur leur route. Après avoir pris ma pause, je les retrouve un peu plus loin en dépassement cette fois. Je les reverrai peut-être plus loin ou jamais ainsi se terminent les rencontres éphémères.

Le vent se fait plus fort et cette fois je le ramasse dans la face. Avec la menace de l’orage à l’horizon, il fait noir tout à coup dans le sentier. La bruit de la gadoue a laissé place à la symphonie du vent qui frappe mon corps à chaque avancée. Ma montre intelligente m’indique que ma vitesse de croisière a diminué.

J’aime le vent. Que je sois au bord de la mer, sur le dessus d’une montage ou sur une bécane, c’est un élément que j’aime côtoyer. Étrangement, depuis que je suis toute petite, il m’apaise tout en m’effrayant à la fois. Il est comme un challenge et surtout rempli d’une forte énergie.

Je suis maintenant à la fin du sentier, je vois poindre la ville avec en tête, de belles images d’une bike road de 45 kilomètres qui laisse en moi la sensation d’avoir communié avec la nature et l’envie d’y revenir encore et encore.

© Copyright 2022 – Droits d’auteur Nathalie Arseneault – Droits réservés pour tous les pays et toutes les langues – Aucune utilisation, reproduction, copie, publication de ce ce texte sans autorisation de son auteur


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