PLEINEMENT MOI

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Dépassé 50 ans, l’équilibre n’est pas un frein. C’est une stratégie de vie.

Mendier : aumône ou revenu d’emploi ?

Ayant ouvert la radio ce matin histoire de revenir dans le monde actif après une semaine d’hibernation, j’apprends qu’une bénéficiaire de l’aide sociale, qui mendie régulièrement depuis 10 ans, s’est fait réclamer 25 000 $ pour ne pas avoir déclaré les dons reçus des badauds sur la rue.

Le ministère de la Solidarité sociale du Québec a fait comprendre par ce geste que cette dame fraude en ne déclarant pas tous ses revenus.  Lui, il applique la Loi, dit-il.  Un bénéficiaire de l’aide sociale doit déclarer chaque sous perçu qui lui sera déduit de son allocation.  Le principe étant que l’on reçoit comme prestataire de l’aide sociale une allocation de dernier recours.  Selon certains, les bénéficiaires pourraient gagner 50 $ par semaine supplémentaire à leur allocation sans se faire rabrouer en autant que ce soit déclaré.  Ici logique que j’endosse.  Un peu comme le prestataire d’assurance-chômage.   Toutefois, on précise que l’enquêteur du ministère n’a semble-t-il aucune politique écrite qui l’oblige systématiquement à valider la mendicité.  Alors pourquoi tout à coup cette dame ?  Elle a pigé le mauvais numéro de dossier ?  C’est une récidiviste ?  L’histoire ne le mentionne pas.

Tout un sujet tabou que la mendicité.  On en parle que très peu, la bouche un peu pincée ou avec difficulté.  Sujet qui brasse en-dedans parce qu’on peut soit s’enflammer de colère parce que l’on est contre ou se faire bonne conscience en se disant qu’on est pas contre ni pour.  On peut affirmer en tout les cas que ça ne laisse personne totalement indifférent.

Selon une définition lue sur Wikipédia un mendiant est une personne qui vit matériellement d’aumônes ou de l’argent ou de la nourriture donnée par charité.  Donc, mendier c’est recevoir, sur demande, souvent dans la rue directement, quelque chose, le plus souvent de l’argent, parce qu’on se dit dans le besoin.  Ça, c’est ma compréhension de ce que je connais du mendiant ou du moins comment je perçois la mendicité.  Le mendiant que je rencontre dans les rues de Montréal par exemple et pour lequel je suis souvent suspicieuse.  Dans le besoin ou non ?  Difficile de le savoir vraiment parfois n’est-ce pas ?…

Sincèrement, comment cette bénéficiaire fera pour rembourser 25 000 $ ?  C’est absurde comme solution à un problème beaucoup plus important : la réinsertion dans la vie active des personnes assistées par l’État.  Un homme qui mendie s’est exprimé sur une ligne ouverte ce matin et il mentionnait qu’il serait prêt à retourner sur le marché du travail mais que lorsque les employeurs voient le « trou dans son C.V. » et que l’explication honnête est que cette personne pour toutes sortes de raisons s’est retrouvé à la rue, ils reculent et le C.V. s’en va à la poubelle.  Dans sa vie professionnelle passée, cet homme dit avoir travaillé dans une banque comme caissier.  Cela l’a rendu malade parce qu’il avait une intolérance au stress vécu dans son environnement de travail.  Il a eu, on présume, des difficultés qui ont suivi, un bout une vie difficile quoi.  Maintenant il veut retravailler mais dit avoir de la difficulté à être réintégré dans la société.

Ma question aujourd’hui est : est-ce que l’on a un système social qui permet à cette personne d’être réintégrée ?  Si notre solution est de leur donner un chèque qui de plus n’est pas suffisant pour vivre (manger, boire et dormir sous un toit convenable coûte  plus cher que 650 $ par mois) je comprends pourquoi ça ne fonctionne pas comme système et que ces gens se retrouvent à la rue à mendier.  Il ne faut pas oublier que plusieurs d’entre eux n’ont qu’une scolarité minimaliste ou des problèmes de troubles mentaux.  Est-ce qu’ils sont même tous conscients de leurs obligations envers l’État ?  Sont-ils tous réintégrables ?  Difficile d’y répondre sans connaître assez le sujet et il y a trop de gérants d’estrade en ce domaine malheureusement.

Une entreprise de réinsertion où obligatoirement on devrait se rendre tous les matins pour travailler ou un centre de désintoxication où il faut passer pour discuter avec des thérapeutes avant de recevoir son allocation mensuelle, pourraient être des solutions plus tangibles que de donner un chèque et merci bonsoir vous repasserez le mois prochain pour le suivant.  Bien sûr, je ne suis pas une travailleuse sociale et je suis loin de bien connaître la structure d’aide actuelle pour ces gens dans le besoin.  Mais fait établi pour moi, je ne crois pas au chèque gratuit ni à « ils sont tous des junkies ou psychopathes non réintégrables, laissons-les crever dans la rue »... entre le « je m’en foutisme », le « y a rien à faire » et le remboursement sur dix ans d’aumônes non déclarées, il y a peut-être des solutions à explorer…

C’est vrai que certains vivent de la mendicité par choix et que d’autres ne veulent pas  être réintégrés.  Mais combien la vivent par une incapacité de ne pas pouvoir réintroduire la vie active parce que le système actuel n’y arrive pas ?  Il y a là une question de société sur laquelle il faudrait vraiment se pencher.  Quel est le ratio de personnes pouvant être ramenées à une vie normale ?  On se penche trop selon moi sur les cas sans espoir et pas assez sur les cas de réussite sociale.  Si on présentait davantage de success stories et moins de « je peux pas m’en sortir » on encouragerait peut-être certains à croire en un avenir possible ?

Mais le sujet étant tabou et la solution complexe, on préfèrera l’éviter… encore une fois.

Je vous invite à écouter M. Miguel Leblanc, directeur général de l’Association des travailleurs sociaux du Nouveau-Brunswick, discuter sur les mendiants à Frédéricton :

http://ici.radio-canada.ca/regions/atlantique/2014/05/22/013-mendicite-fredericton-chasser-aider.shtml


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Réponses

  1. ah nous sommes tombé sur le même sujet sur nos blog
    je suis outrée de ces façons de faire .. avec l’aide sociale il est difficile de joindre les deux bouts
    Beaucoup croient que les assistés sociaux ne travaillent pas par choix qu’ils s’amusent a longueur des journées
    mais j’en connais beaucoup que ce n’est pas un choix. Sans parler que rendu a un certain âge c’est difficile de se trouver de l’emploi .. Je suis bien consciente qu’il y a des gens qui abusent du système, j’en vois aussi beaucoup mais eux ne se font pas prendre

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  2. Pas surprise que nous ayons eu le même topic, ça a fait le tour des médias en cette période des Fêtes que cette histoire de réclamation à une bénéficiaire de l’aide sociale. Je trouve sincèrement que l’on n’applique pas la bonne solution. Mais qui suis-je n’est-ce pas pour juger ne connaissant qu’une bride de l’histoire…

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